Les vêpres algériennes

Création de théâtre-dansé d'après la Bande-dessinée éponyme de Nawel Louerrad

 

 

 

 

Mise en scène : Géraldine Mercier

Dramaturgie : Nawel Louerrad

Chorégraphie : Zakaria Babès, Amine Kiniouar & Clément Baudoin

Création sonore et musicale : Simon Léopold

Création costumes : Lika Guillemot

Scénographie : Nawel Louerrad & Géraldine Mercier

Avec : Zakaria Babès, Amine Kiniouar & Clément Baudoin

 

Cette création est une adaptation libre de la bande dessinée “Les vêpres algériennes” de Nawel Louerrad, parue aux éditions Dalimen, à Alger, en 2012.
L’année de la parution, était l’année du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, une année de commémoration entraînant dans son sillage les sempiternelles questions sur l’identité algérienne.
Cette année là et à sa charge, l’auteure réagit en confrontant l’impossibilité d’une identité à la violence dans ce qu’elle a de plus insaisissable; elle trace les contours d’une mémoire vacillante et endolorie par une nouvelle guerre qui ne disait pas son nom, qui s’est interposée dans un temps incertain, cette guerre en huis clos c’est la décennie noire des années 90 et ses 150 000 morts.

Passer de la translation des corps sur des pages, du fil de l’écriture, des lignes et dessins posés, comme autant de questions qui nous parcourent, à la translation des corps sur scène.
L’histoire ici se raconte, voire se poursuit, se répète en filigrane sur les planches.
C’est une prière ou une révolte après une guerre et c’est la confusion car toute révolte (ou prière) est légitime mais aveugle.
C’est donc trois hommes qui se réveillent. Hommes-machines, prisonniers de leur quotidien, dépendants des objets qui les
entourent, embarqués dans un mouvement en boucle; ils semblent l’ombre de leurs guerres passées, à moins que ça ne soit le contraire?
Ces trois hommes comme la représentation d’un seul et même homme, vu sous trois regards historiques simultanés: l’indépendance, la décennie noire, aujourd’hui.
Dans une temporalité qui s’étend jusqu’à n’être plus que sa propre image, puisque c’est ici le trajet de leurs pensées qui est mis en abîme grâce à la mise en scène.
Embourbés dans les matérialités de leur grand ordinaire, les hommes-machines accomplissent en contrepoint leurs quotidiens, dans une mécanique corporelle répétée autant que répétitive.
Un trio qui se protège autant qu’il se rejette, mêlant et jonglant avec les phases où les personnages se croisent sans même se regarder à celles où ils se méprisent jusqu’au désir inéluctable de tuer l’autre.
Leur théâtre dansé, fusionnel et schizophrénique joue avec une scénographie graphique et mouvante au rythme de leurs corps.
Tandis que les transformations de leurs costumes paraissent peu à peu comme le reflet de leur décadence psychique, le retour à l’homme-animal.
Des espaces se créent ainsi, en lignes sur le fond de scène, en vibrations sonores, de l’intérieur vers l’extérieur. De leur chambre à la lune en seulement quelques traits, quelques pas, la frontière est fine.
Ici, seuls les gestes comptent alors, du levé au coucher du soleil, se propage une onde de mouvements et de réactions en chaîne.
Tout se mélange puis toute cette énergie se dissipe, entraînant les hommes- machines vers un nouveau sommeil, lourd et profond.